YOGA

_MG_5312Cela fait des lustres que j’ai cet article dans les cartons. Envie de vous causer de mon rapport au yoga, de ma manière de l’envisager et de le vivre. J’ai mis un peu de temps parce que finalement, à l’opposé des représentations habituelles (parfois grand-guignolesques), ici on cause avec l’intime.

Ce billet ne prétend pas être un essai, encore moins un guide. C’est une espèce de mille-feuilles de ressentis qui touche à différents aspects du Yoga, une petite incursion dans ma pratique et mes perceptions personnelles. Il n’a donc aucune vocation didactique ou pédagogique et je ne prétends pas à l’exhaustivité (je n’ai aucune qualification en ce sens de toute façon). Le yoga représente d’ailleurs un champs d’étude si complexe et si vaste qu’il est très difficile d’éviter les approximations. L’on peut le pratiquer en profondeur mais lorsqu’on en vient aux mots, à peine peut-on en effleurer l’essence. En conséquence de quoi, ce billet risque d’être bien trop long… tout en étant dramatiquement parcellaire! J’en suis navrée par avance.

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YOGA, KEZACO?

 Le terme “Yoga” vient du sanskrit et signifie (ré)Unir. Le yoga tel qu’on le connaît aujourd’hui puise ses racines en Inde, au sein des populations dravidiennes. C’est une philosophie millénaire qui utilise le corps comme médium afin d’optimiser les fonctions organiques et libérer l’esprit de ses entraves. Néanmoins, de nombreux éléments attestent de la pratique d’une discipline similaire au cœur de l’Egypte Antique. Si l’on s’attarde sur l’iconographie, l’on trouvera de nombreuses similitudes entre certains idéogrammes et bas-reliefs d’Egypte Ancienne et les représentations et principes propres à la tradition yogique. Cependant, la forme de yoga la plus populaire en Occident, le Hatha Yoga (« yoga de l’effort ») a été théorisée par Yogi Svātmārāma au Xvème siècle.

Unknown

 

Pour synthétiser, le yoga entend équilibrer la polarité des énergies du corps, réunifier la vie incorporelle de l’être humain par le biais de la méditation, de postures spécifiques appellées “asanas”, ou encore de respiration, “pranayama” en sanskrit. C’est une quête de réconciliation du psychique et du somatique, trop souvent considérés comme entités indépendantes l’une de l’autre. Or le corps a une influence sur l’esprit et l’esprit a une influence sur le corps. Selon le yoga, cette réunification passe entre autre par l’équilibre des chakras. Les 7 chakras y représentent des centres énergétiques portant les noms de différents éléments terrestres. Ces éléments sont mis en lien avec certaines parties du corps qui sont elles-mêmes rattachées à des fonctions ou qualités spécifiques. Ce sont ces centres énergétiques que l’on retrouve sous différentes appélations dans la médecine traditionnelle chinoise et l’acupuncture ou en médecine ayurvédique par exemple.

Bien qu’il représente une véritable activité physique et un formidable moyen d’optimiser sa santé, le yoga n’est pas un “sport”. Il n’empêche que pratiquer régulièrement permet de tonifier les muscles, stimuler le coeur et la circulation sanguine. Ca détend, draine, expurge, masse les organes, les tendons, les viscères… C’est pas la panacée certes, mais c’est un allié de taille dans une quête de bien-être global._MG_5338

LES HUIT PILIERS

 Il y a de cela plus de 2000 ans, l’érudit Indien Patanjali décrivait dans son Yoga Sutrâ une série d’aphorismes qui codifient la science du Yoga. Les Huit Piliers du Yoga sont des principes moraux sensés ouvrir la voie d’une vie authentique. Je ne les détaillerai pas tous ici mais chaque pilier se décline en différentes vertus. Yama, le premier pilier porte sur l’éthique et les règles morales. L’on y trouvera le précepte d’Ahimsâ (la non violence), de Satya (la vérité), d’Asteya (l’honnêteté) ou encore d’Aparigrahâ (la non avarice). Niyama le deuxième pilier traite de l’autodiscipline (hygiène mentale et corporelle, contentement, ascèse et enrichissement perpétuel de l’intellect). Quant au troisième et quatrième principes, Asana (la pratique posturale) et Pranayama (les techniques respiratoires), elles forment le socle du Hatha Yoga.

Les textes traditionnels nous enjoignent à juguler nos bas instincts, à modérer nos passions et possessions au profit du développement de l’intellect et de notre conscience supérieure. Ils invitent à désencombrer l’esprit mais aussi le corps en les délestant tout deux de nourritures superflues ou néfastes. C’est une forme d’ascèse libre que chacun-e adapte à l’envie.

Ce ne sont pas des dogmes, mais des pistes pour une vie plus harmonieuse. Il n’y a pas de dogmes ou de croyances imposées sur la voie du yoga. Beaucoup de ces principes de vie relèvent finalement du bon sens et sont un moyen d’être une source de nuisance minimale pour soi mais aussi pour les autres. Ne pas se disperser, éviter de gaspiller de l’énergie dans des relations stériles et dévitalisantes, reconsidérer la nourriture comme une source de carburant utilisée avec mesure et choisie avec soin (avec mesure: le plus difficile pour moi et mon coup de fourchette légendaire), conserver une soif d’apprendre intacte, respecter la Nature et ne pas porter atteinte aux êtres sentients qui l’habitent, qu’ils soient humains ou non-humains sont des intentions nobles qui tendent vers un idéal qui est le mien.

(Cliquer pour faire défiler les photos)

 POUR QUI ?

 En dépit de la très majoritaire mise en avant de corps féminins blancs, jeunes et minces, le yoga est fait pour tout le monde. Contrairement à ce qu’un tour sur Instagram pourrait laisser penser, le yoga du mouvement s’adresse à toutes les morphologies, à tous les âges, à tous les genres, à toutes les ethnies. Il suffit d’un cœur, d’un esprit et d’un souffle pour en apprécier les bienfaits. Pour ce qui est du reste, tous les aménagements sont possibles. La voie du yoga, est celle de l’introspection et de l’anti-performance.

 

“True yoga is not about the shape of your body,

but the shape of your life.

Yoga is not to be performed; yoga is to be lived.

Yoga doesn’t care about what you have been;

yoga cares about the person you are becoming.

Yoga is designed for a vast and profound purpose,

and for it to be truly called yoga,

its essence must be embodied.”–Aadil Palkhivala*

 

SOINS ET BIEN-ÊTRE

 Comme nous l’avons vu plus haut le yoga est un mode de vie. Originellement, il ne se limite pas au contour d’un tapis mais couvre tous les aspects de la vie quotidienne. En lien avec l’Ayurveda (la médecine traditionnelle indienne), il prône une approche holistique des problématiques liées à l’hygiène et au bien-être. Le corps y est envisagé comme un temple mobile, un outil d’émancipation qui mérite d’être traité avec attention. Qui dit Corps-Temple dit soins dédiés, les plus sains, naturels et éthiques possibles. En découle en plus des soins courants, une série de pratiques d’hygiène documentées dans ce qu’on appelle « les Kryas ». Les Kryias sont des techniques de prévention des maux à travers le nettoyage et la purification de l’organisme. La purification opérée sur le corps se répercute sur l’esprit par capillarité. Il en résulte un sentiment de légèreté et de bien-être global. Pour citer quelques unes de ces pratiques l’on trouve le Neti (nettoyage et drainage des fosses nasales à l’aide d’un petit « arrosoir » appelé Neti), le Dhauti qui consiste à racler la langue avec un petit grattoir adapté. Cela afin d’éviter la libération des bactéries dans l’organisme via l’arrière gorge, bactéries à l’origines de désagréments divers (halitose, affaiblissement du système immunitaire…) Il existe des méthodes de nettoyages plus complexes voir « extrêmes » (bien que je n’aime pas ce mot terriblement partial) à réserver aux initiés. Ces techniques de purification avancées nécessitent un savoir-faire spécifique. L’on trouvera à titre d’exemple Nauli censé drainer les viscères, Basti pour ce qui est du colon ou encore Dhauti appliqué au nettoyage de l’estomac (du très lourd en terme de mise en œuvre !).

 BENEFICES POUR LE CORPS (POUR LES ADEPTES DU « UN CORPS SAIN… POUR UN ESPRIT QUI S’EN FOUT DU RESTE »)

 Je plaisante et je titille mais bien évidemment, le yoga postural (Hatha Yoga qui signifie”yoga de la vigueur et de l’union des contraires”) peut être pratiqué dans l’unique but d’entretenir sa forme physique et sa souplesse. C’est un formidable moyen pour améliorer son tonus musculaire, se détendre et dénouer les tensions qui nous assomment au quotidien. C’est d’ailleurs majoritairement de cette façon qu’il s’est popularisé en occident. Les innombrables postures, torsions et techniques de respiration génèrent un massage en profondeur qui ne se limite pas qu’aux muscles mais bénéficie également aux organes internes qui se retrouvent ainsi drainés, tonifiés et stimulés dans leur ensemble.

En revanche, même si l’on ne partage pas les préoccupations spirituelles qui ont vu naître cet art de vivre ancestral, qu’on n’a pas envie de faire des OM et d’écouter des chants dévotionnels, il est toujours plus intéressant de savoir dans quel contexte s’inscrit cette philosophie. Autrement, l’on a vite fait de tomber dans une forme de caricature désincarnée. Il n’y a rien de mal à ne vouloir expérimenter le yoga qu’à travers son aspect somatique. Le yoga regorge de bienfaits pour le corps. En revanche, savoir qu’il ne se limite pas qu’à cet aspect purement corporel permet de voir plus grand et d’ouvrir ses perspectives sur et en dehors de son tapis. Si l’on veut s’épanouir dans une pratique cohérente qui touche à l’emprunt et non à la réduction ethnocentrée, il est intéressant d’avoir quelque éclairage sur les racines de cette philosophie. L’on peut vivre sa propre expérience tout en traitant avec déférence les ancrages traditionnels initiaux qui vont au delà de nos restrictions choisies. Le RESPECT, voilà ce qui fait toute la différence entre l’adaptation et la dénaturation, entre l’échange culturel ou l’appropriation culturelle._MG_5293

 YOGA, UNE RELIGION ?

 Bien que le yoga ne s’apparente pas à une “religion”, il s’inscrit originellement dans un ancrage spirituel très fort. Il est par ailleurs fortement marqué par la théosophie, une conception spirituelle héritée des traditions religieuses indiennes qui se veut œuvrer pour la révélation des pleins potentiels de l’être humain. Le yoga et nombre de ses concepts découlent de la tradition hindoue avec laquelle il est historiquement lié. Il demeure d’ailleurs une interconnexion très forte avec les autres courants philosophiques ou religions dharmiques (un ensemble de religions originaires de l’Asie du Sud), notamment le bouddhisme avec lequel le yoga partage plusieurs de ses concepts (l’Ahimsa, la non violence par exemple). L’on retrouvera également des pratiques telles que la récitation de mantra, ces syllabes ou mots scandés à des fins méditatives, dans le but de faire circuler l’énergie par l’intermédiaire des vibrations émises, ou encore pour faire germer dans le subconscient les conditions mentales nécessaires à la réalisation d’un souhait, d’une intention particulière (apaisement, éveil, amour universel…).

Le yoga est un instrument qui s’adapte et s’accommode. Il cohabite d’ailleurs en toute harmonie avec mon syncrétisme personnel et mes croyances non normées ou se côtoient ancêtres tutellaires, spiritualité africaine traditionnelle (antérieure aux colonisations), méditation bouddhiste, unité de tous les êtres vivants, vie antérieure… et peur des clowns (muahahahah).

 VOUS AVEZ DIT SPIRITUALITÉ ?

 Le yoga est sans conteste une discipline fortement spirituelle. Mais pas de panique, “spirituel” ce n’est pas un gros mot, encore moins un truc de fada. La spiritualité relève de l’observation individuelle, de la découverte et de la mise en place de stratégies visant à améliorer notre vécu et notre gestion des phénomènes psychiques et incorporels qui régissent notre quotidien. L’on peut très bien expérimenter une spiritualité laïque, tout comme l’on peut pratiquer une religion sans y mettre une once de spiritualité. La spiritualité n’est pas dogmatique. Elle est fondamentalement non-prosélyte, ni révélée, elle EST.

Mais pour les terre-à-terre radicaux qui souhaitent se détendre, améliorer posture, flexibilité et se muscler en profondeur sans cet aspect spirituel, le pilates peut être la solution!_MG_5339

 YOGA ET OCCIDENT

 Au départ popularisé en Occident par des Guru (maître) indiens, via un élan de partage basé sur la perméabilité des civilisations et l’échange culturel, le yoga n’a pas échappé à ce travers de l’Ouest qu’est l’appropriation culturelle. Une tendance qui consiste à exercer une force phagocitaire sur un ou plusieurs éléments d’une culture non-occidentale pour se l’approprier tout en faisant fi de son socle traditionnel. Ces éléments une fois isolés et expurgés de leur vocation initiale, se transforment bien souvent en succédané de folklore au service de l’ego et/ou de la performance. Là où l’échange aménage et adapte si besoin, l’appropriation ré-interprète, gomme la source et parfois même s’exprime à contre courant du flux initial.

Cette vidéo satirique intitulée “ If Ghandi Took a Yoga Class ” (Si Ghandi Assistait à Un Cours de Yoga) illustre avec humour ce phénomène d’appropriation culturelle dans la manière dont le yoga est appréhendé en Occident. A sa publication, une jeune femme d’origine indienne commentait en ce sens:

 “I’ve felt this many times…misappropriation is sometimes best seen in this country in a yoga class. And yes it is part of an actual religion folks that many of us practice. So well done in capturing the frustration with comedy!”  J’ai ressenti ça tellement de fois… Le cours de yoga est souvent un champ d’expression de premier choix pour l’appropriation culturelle dans ce pays. Eh oui les gars, le yoga fait partie intégrante d’une religion que beaucoup d’entre nous indien-ne-s pratiquons. Alors bien joué d’avoir su imager cette frustration par le biais d’un sketch.

Dans le cas du yoga cette appropriation est intégrée depuis longtemps et beaucoup considèrent le yoga comme une activité ayant un socle civilisationnel occidental. L’échange culturel à la différence de l’expropriation culturelle a pour point d’orgue la reconnaissance et le respect. L’on se demandera à juste titre ou se situent ces éléments dans YOGA, le clip très plébiscité de Janelle Monàe (que j’aime beaucoup au demeurant, elle pas la vidéo).

Parce que si l’on s’en tient à ce qui a été dit précédemment, dans le genre je fais pipi sur ta culture, je la vide de tous son sens et je la mets en scène de façon triviale à des fins de divertissement, je crois qu’on a touché le fond. Mais bon comme c’est Janelle, qu’elle est sympa, que c’est pas la première et que ça fait longtemps que le yoga s’est retrouvé exsangue, je vais pas chipoter.

 MA PRATIQUE

 Comment j’en suis venue au yoga?

Mon premier contact avec le yoga postural s’est fait par le biais de ma mère, je me suis naturellement familiarisée avec sa pratique. Pour ce qui est du reste, ce n’est pas le yoga qui a modelé ma conception du monde, ce sont mes élans naturels et ma conception du monde qui m’ont menés au yoga.

Parmis ces élans naturels, il y a cette approche précoce de la pratique méditative. Mes premières expériences remontent à l’enfance ou je m’amusais à être « juste en vie ». Ne rien projeter, ni attentes, ni espérances m’aidait à contrôler un trouble anxieux avec pensées intrusives, un esprit en bourdonnement permanent. Il fallait être là et accepter ces pensées pour ce qu’elles étaient, de simples pensées. Ces tentatives d’apaisement sont les bourgeons de ma pratique actuelle.

Autre exemple, j’ai souvent encore aujourd’hui des lubies “d’aptitudes”. Par exemple un matin je pouvais me réveiller et avoir viscéralement envie de savoir faire le grand écart, le yoga m’a par la suite permis de comprendre que cette posture (Hanumasana) correspondait à un besoin d’ouverture. Un autre jour c’était une envie de savoir faire des pompes… Ça me prenait comme des besoins impérieux, faire sauter ces fichus verrous corporels. Mais les envies s’éteignaient aussi sec parce qu’elles n’étaient pas soutenues par une entreprise globale prenant en compte l’entièreté de ma personne :

Le geste pour le geste ça ne suffisait pas à entretenir ma motivation. La pratique du yoga est venue remédier à ça et a réinscrit mes ambitions morcelées dans un contexte global.

 Et au quotidien?

Le yoga c’est un RDV avec moi-même alors je n’ai pas envie de le rater. Je pratique suivant mon humeur, ma forme et mes problématiques du moment (Besoin de sang frais au cerveau et de faire le vide avant de rédiger un courrier important? Allez hop, une petite inversion !)Bien souvent mon petit qui pratique assidument me rejoint. En général le matin, on fait quelques salutations au soleil (Suria Namaskar). Ca me permet de me détendre, de réveiller mon corps et mon esprit en douceur et surtout d’ébrouer ces saletés d’angoisses matinales. (Le matin dans mon cerveau parfois ça donne ça: “Vie de merde – Je suis au confluent de plusieurs discriminations- Pourquoi le monde est-il si violent- Pourquoi il fait moche – Pourquoi il fait chaud? – Je vais péter ce réveil – Je vais péter ce téléphone – Bref, suis pas du matin.)

Après cette petite mise en jambe, je m’allonge sur le dos en Savasana aka la posture du cadavre. En fin de pratique, cette posture est propice à la méditation, elle permet également au cerveau d’intégrer pleinement les nouveaux acquis, et au corps de laisser se déposer en profondeur les bienfaits des postures précédemment effectuées (C’est généralement ce moment que choisit mon fils pour se mettre à hurler ses chansons préférées et tenter de marcher sur mon visage).

Après ça je suis enfin prête à m’ouvrir à l’altérité, le monde n’est plus mon ennemi. Chouette, la journée peut commencer !_MG_5346

 CE QUE LE YOGA A CHANGÉ DANS MA VIE

 J’ai une patience très limitée, l’exaspération facile, une moindre résistance au stress (euphémisme) et une forte propension à la mélancolie (alerte euphémisme bis). Dans ce contexte, la pratique du yoga m’a permit d’expérimenter des voies d’apaisement ainsi que la patience et la rigueur.

Elle m’a aidé à endiguer partiellement le climat d’agitation permanente qui règne dans ma tête. J’ai gagné en amplitude, aussi bien physiquement que mentalement. Les postures entrainent des evolutions équivalentes tant au niveau du corps que de l’esprit. Lorsque je dis « Je m’étire » j’étire mes muscles mais aussi ma conscience. Sur un tapis de yoga, on se sent parfois vulnérable, on fait l’expérience de sentiments et émotions que l’on retrouve dans notre vie quotidienne: Impatience, colère, frustration, pulsions égotiques…. Apprendre à rester stable en son corps quand l’esprit tangue met en jeu les mêmes mécanismes d’adaptation que ceux initiés par nos expériences en dehors du tapis.

Alors aujourd’hui je voudrais rendre hommage à ce formidable outil de développement global de l’individu que représente le yoga. Un outil qui m’a permis de structurer et réunifier des concepts qui pré-existaient chez moi de manière disparate. Pratiquer le yoga ne m’a imposé aucune concession mais m’a permis au contraire de consolider mon intégrité et d’établir des connections logiques entres différentes inclinations qui m’étaient naturelles. Le yoga c’est une passerelle que j’emprunte et qui se consolide à chaque fois que je vais à la rencontre de mon tapis mais pas seulement. Pour emprunter la voie du yoga, il suffit de se savoir vivant, d’expérimenter la compassion, croire en son potentiel de croissance personnelle… et c’est tout.

 

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* « Le vrai yoga ne concerne pas la forme de votre corps mais celle que vous insufflez à votre vie. Le yoga n’est pas destiné à être exécuté, le yoga est destiné à être vécu. Le yoga se soucie peu de ce que vous avez été, Le yoga se préoccupe de ce que vous devenez. Le yoga est taillé pour un usage vaste et profond, et pour qu’il puisse à juste titre être appelé yoga, son essence doit être appréciée. »_MG_5305

De l’Importance Du Langage Epicène

412903853941a05253de814be013845cApollo Theater Dancers, par Lucien Aigner, Harlem, 1936

« Le masculin l’emporte sur le féminin. »

Cours de grammaire, quelque part dans les années 90. Mme P. matraque nos cerveaux poreux avec la règle grammaticale du jour. Mme P. est de la vieille école, comme à chaque fois qu’une notion fondamentale est en jeu, elle la scande d’un ton martial.

« Le masculin l’emporte sur le féminin. »

C’est comme une litanie. Elle lâche rien. Les garçons gloussent, jubilent, ça taquine les filles, ça bombe le torse. Du fond de la salle N. fait mine de gonfler ses petits biscottos :

Les bases de la hiérarchisation des genres se posent en salle de classe. Et ils l’ont bien compris.

Mon doigt s’élève, ma petite voix d’alors suit le même chemin:

 « Pourquoi ? »

Réponse de Mme P. : « Parce que, c’est une règle de grammaire, c’est comme ça. »

Peut être eut-elle dû me répondre qu’il en était ainsi parce qu’à la ville, en dépit de ce qu’on voudrait bien nous faire croire, c’est pareil que dans les livres de grammaire. Genre social et genre grammatical s’articulent autour d’un même merdier : LA PHALLOCRATIE.

C’est ainsi qu’au XVIIème sous l’égide de grammairiens bien inspirés, la règle de proximité qui consistait alors à accorder l’épithète ou l’attribut en genre et en nombre avec le nom le plus proche est abandonnée. On ne dira plus « Ces petits garçons et ces petites filles sont mignonNEs » mais « Ces petits garçons et ces petites filles sont mignons »

« Mais noooon, genre grammatical et genre social ça n’a absolument rien à voir voyons ! Le genre grammatical au masculin c’est juste la forme neutre, stop la parano. »

Voyons un peu ce qu’en disent les types qui ont donné le la, ces hommes de lettres responsables de l’abrogation de la règle de proximité :

1647, Claude Favre de Vaugelas nous gratifie d’un historique « Le genre masculin est le genre le plus noble ». A cette époque, ça fait consensus, personne n’y trouve rien à redire bien au contraire. Un peu plus tard, le Père jésuite Dominique Bouhours linguiste chevronné enfonce le clou : « Lorsque deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte. » Sur ses bons mots, la règle de proximité est enterrée. Au XVIIIème, un peu plus loin dans l’outrance, c’est un Nicolas Beauzée  bien explicite qui nous le dis (au cas ou c’était pas encore assez clair) :

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle » TADAM.

Des siècles plus tard, notre société moderne continue donc d’usiter des règles linguistiques ayant pour socle un postulat indigne du Pays des Droits de… l’HOMME (bah tiens) ! Je le répète souvent mais les mots sont hyper importants, ils véhiculent des idées, façonnent les imaginaires. Ils sont le reflet de nos mœurs, et codifient jusqu’à nos perceptions des inégalités et notre manière d’appréhender le monde. Un langage sexiste est à la fois le miroir d’une société bâtie sur un modèle inégalitaire et le terreau propice à la banalisation de ces mêmes inégalités. C’est le principe des vases communicants.

En classe de 6eme, j’ai pendant un temps participé à une activité optionnelle le mercredi. On faisait de la gymnastique rythmique et sportive. On était une quinzaine de filles environ, prêtes à titiller du ballon, faire virevolter du ruban et UN seul garçon partageant ces mêmes dispositions (subissant ainsi les pires quolibets de la part de ses homologues masculins). Et quand la prof nous donnait les consignes en ces termes  « Maintenant vous allez touS vous échauffer. » ou encore qu’elle répondait à son collègue passant par là « Oui c’est bon ILS sont avec moi. »,  je trouvais ça hyper bizarre. Quant à l’écrit notre existence se retrouvait cloisonnée entre deux parenthèses, le langage oral nous invisibilisait complètement. Peu importe le nombre, face à UN SEUL garçon, on ne faisait jamais le poids.

Notre existence est optionnelle, le masculin est la règle, le féminin l’exception. L’être humain de référence se fait appeler Monsieur. Alors on nous efface en douceur, de la grammaire en passant par les espaces publics. Le simple fait que des voix s’élèvent lorsqu’il est question de la féminisation des titres et noms de métiers, en dit déjà long sur la nature du problème. S’évertuer à appeler une femme ” Mme le directeur ” ou ” Mme le ministre “, c’est lui signifier très clairement qu’elle n’est pas à sa place, qu’elle a fait intrusion dans un espace qui ne lui est pas destiné. “Ok meuf, tu es là mais fais pas ch*er, t’as piqué la place d’un bonhomme. On fera aucun effort pour te rendre visible.” Et c’est pas le député UMP Julien Aubert  qui me contredira, pas vrai ?

Pour peu qu’on y soit sensibilisé-e, le langage n’y va pas avec le dos de la cuillère en terme de micro-agressions sexistes. Y’a un truc qui me titille depuis une éternité, c’est la symbolique affreusement phallocrate des parenthèses. Symbolique qui atteint son climax en terme d’ironie quand une personne s’adressant à un auditoire ou lectorat majoritairement constitué de femmes se retrouve à isoler le marqueur du féminin par des parenthèses. Cela au cas ou un hypothétique mâle passant par là venait à se sentir outragé. Peu importe qu’on soit sur un site dont le coeur de cible est féminin, que l’article soit un guide d’utilisation de la coupe menstruelle (oui je charge la pauvre mule).  Le conditionnement voudrait qu’on veille à tout prix à  ne pas froisser les égos masculins déjà largement favorisés.

Je n’aime pas ces parenthèses parce que je n’apprécie pas qu’on s’adresse à moi en me limitant à une éventualité, considérant le “mâle” comme premier interlocuteur. Je suis bien sûr passée par la phase de l’autruche. Celle qui sait, qui voit mais qui fait semblant. Mais au final, une fois que j’ai identifié quelque chose qui me dérange, ça me procure généralement plus d’inconfort de me conformer que de nager à contre-courant. Pendant des années j’ai fais comme tout le monde en serrant les fesses.

« OK, ça t’écorche les doigts quand tu l’écris, la bouche quand tu le dis, mais les gars ont décidé que c’était comme ça. Sois gentille. “

Et puis voilà, la parole contestataire s’est libérée alors j’ai commencé à mettre des petits points à la place des parenthèses, à faire plus attention. D’ailleurs finalement après quelques tâtonnements, le trait d’UNION me convient mieux. Un trait d’union ça ne  hache pas le mot, ça relie les gens peu importe leur genre, c’est comme des petites passerelles, ça glisse. Quand je suis bien au taquet il m’arrive aussi de généraliser l’emploi du féminin, parce que ce tout-masculin m’ennuie. Je le fais pas pour faire ma relou mais bien pour rétablir l’équilibre du cosmos. Et clairement y’a du taff ! Avec une éternité de domination masculine dans les pattes, on va pas chipoter pour 2/3 “elles” ou 2/3 “e” à la fin d’un adjectif,  juste pour UN mec perdu dans la foule.

Bien sur qu’il y a des loupés, des mots récalcitrants, dont la féminisation écorche encore les oreilles aliénées, à commencer par les miennes. Et puis parfois j’oublie. Souvent encore,  je cède à ma propre médiocrité parce que contorsionner certains mots m’enquiquine. Ca va tellement plus vite de suivre l’écriture normée plutôt que de réprimer de vieux automatismes. 

Pour ce qui est des pronoms, en général pour des raisons de lisibilité, je vais par exemple privilégier l’emploi du « celles et ceux » ou « elles ou ils » plutôt que « ceuxlles/celleux » et « illes » (formes souvent utilisées en langage non sexiste). Le caractère peu esthétique de cette construction (#dontjudgmeme) et l’absence d’équivalents à l’oral (à ma connaissance) m’empêche de les utiliser à l’heure actuelle. 

Parfois aussi, je pianote trop vite, je cause avec Bidule qui n’y pigera rien (et j’ai pas envie de faire l’effort à ce moment là), ou alors je suis fatiguée, et mes convictions profondes passent à la trape. Quand le cerveau n’est pas alerte, l’idéologie dominante peut rapidement prendre le pas sur les bons sentiments.

Mais chaque fois que la conscience est sur ON (quand je suis “aware dirait JCVD), je fais au mieux parce que ça m’embête royalement quand je me comporte comme un maillon d’un ensemble qui me déplait. J’aime vivre en paix avec mes opinions.

Silence, ça pousse !

sproutsPousses de lentilles vertes biologiques âgées d’environ 5 jours, photo prise avec mon téléphone

Les graines germées sont un véritable condensé de force vitale. Elles renferment une quantité incroyable d’éléments nutritifs et d’énergie. Ce sont ces éléments qui vont permettre leur transformation en véritables petites plantes. Lors du passage de graine à pousse, la teneur en enzymes explose de façon exponentielle ! Et le profil protéique devient complet après germination, coucou la méthionine autrefois grande absente !

Mon germoir étant trop petit, j’ai utilisé un vieux filet en nylon. Ok j’avoue un vieux filet à couches lavables (qui se rapproche en tout point d’un sac à germer tradi, en beaucoup plus grand ). Après l’avoir bien lavé, bouilli, scanné à l’huile essentielle d’arbre à thé (antibacterien puissant, antifongique, anti-tout), je l’ai utilisé comme une sorte d’étamine géante. On dispose les graines dans le fond du sac/germoir et c’est parti !

On commence par faire tremper tout ça dans un saladier pendant environ 24h. Le temps de trempage en plus d’attendrir la graine va permettre de la débarrasser des composés acides anti-nutritionnels sensés la protéger. Ces composés, en plus de rendre la digestion plus difficile, vont limiter l’assimilation de certains nutriments. Le processus de germination doit être entamé dans des conditions d’hygiènes maximales. Cela est d’autant plus important si l’on compte les consommer crues (ce qui est idéal). Il faut veiller à manipuler les graines avec des mains propres, fraîchement lavées et bien les rincer avant le début du processus. Utiliser une eau propre, rincer régulièrement à l’eau claire (2x/jour) en brassant les graines afin de faire circuler l’air et ainsi éviter la macération. Il est essentiel d’éviter les contaminations bactériennes. L’humidité, la chaleur et les petites pousses si nutritives sont des terrains propices à la prolifération des indésirables… Y compris les plus dangereux comme la bactérie Escherichia Coli !.

Dès lors que les petits germes sont de sortie, il est bon de les exposer à la lumière du jour. Ainsi au bout de quelques jours, on profitera de petites pousses vertes gorgées de chlorophylle.

Ça n’engage que moi mais avant de les consommer, je leur donne toujours un petit bain de vinaigre blanc et je rince une dernière fois (l’acide acétique fait la super nique au bactéries mais aussi aux champi et aux virus !). Ensuite place à la distribution aux copines  et à la dégustation ! Crues dans une salade avec des graines de luzernes germées, légèrement décrudies à la vapeur pour un pâté végétal, ou encore dans un curry, c’est au feeling !

LOVE

Sebastien-Tellier-Love-Official-VideoIllustration  de Valentine Reinhardt, tirée de la vidéo « Love », Sébastien Tellier

(C’est pas le vrai clip mais c’est juste pour la musique. Dans la version officielle, le morceau a été amputé de son épilogue, ma partie favorite. C’est vraiment pas sérieux.)

Globalement, j’apprécie beaucoup la musique de Sébastien Tellier, musicien multi-instrumentiste complètement barré. J’ai cette impression que son art se nourrit beaucoup plus de tripes que d’intentions, alors ça me plait. J’aime bien les langages sibyllins, les trucs chelou livrés sans mode d’emploi. Il y’a clairement plein de morceaux what the fuck qu’il a vraisemblablement écrits juste pour lui, pour prendre l’empreinte de ses émotions. Comme une sorte de profession de foi artistique. Des morceaux qui s’en foutent de tout, qui n’ont pas pour vocation de faire bouger les têtes ou les culs, ni même de faire kiffer les mélomanes. Des oeuvres musicales hors de contrôle, conçues comme des jaillissements cathartiques qu’il aurait couché sur partition et qui échapperaient totalement à la grille critique habituelle.

Et puis il y a Love.

C’est un ressenti très personnel, mais ce morceau là, je l’envisage comme un magnifique cadeau fait aux autres. 4 minutes et 27 secondes de grâce et d’harmonie absolue. J’aime cette chanson très fort. Chaque petite note, chaque variation de son c(h)oeur. Dès les premières mesures, je ferme les yeux et je m’envole dans ma tête. J’imagine tout plein de jolies choses. Dans les moments les plus favorables, sur mon tapis de yoga, ou juste avant de m’endormir, c’est presque un état de transe qui me gagne. Quelles que soient les merdes ayant ponctué ma journée, les heurts, mon impuissance face aux douleurs extérieures qui se font miennes, je m’enrichis toujours d’un instant de bonheur pur. Un moment totalement en dehors des frustrations et problématiques du quotidien. C’est ça le pouvoir de la musique.

Une mélodie pénétrante, c’est un merveilleux support pour aimer, pour avoir mal, imaginer, méditer et ouvrir son coeur aux autres. C’est aussi le plexus solaire qui chatouille, et cette irrépressible envie de pleurer à 3 minutes et 10 secondes…

C’est une des rares chansons qui me fait expérimenter de telles émotions, un sentiment d’exaltation teinté d’une mélancolie intense… Alors, avec mon amoureux et notre fils, on s’arrête tous les trois, on bat la mesure. Mon petit garçon chante à contre-temps, on se sourit béatement et on apprécie la valeur de l’instant présent.

LOVE. AND REPEAT.

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